Tribune libre de Roger Martin, écrivain, militant communiste, Section Oswald Calvetti, Vaucluse.

Non, la victoire du texte 3, Pour un manifeste du Parti Communiste du 21éme siècle, ne serait pas une bombe à fragmentation !

mardi 2 octobre

J’ai reçu cet après-midi un message de Pierre Laurent, que j’ai lu attentivement.

Avec lui, je me suis réjoui de l’immense succès de la Fête de l’Humanité, des vignettes vendues (55 pour notre petite section Oswald Calvetti), des débats, des programmes, de la fraternité partagée, avec lui je souhaite que notre Parti communiste résiste et affronte avec courage et lucidité les échéances électorales, impulse les combats contre la politique du Capital, déjoue les voies sans issue du populisme (d’extrême droite comme de gauche !) et redonne espoir et énergie à ceux qui souffrent et dont les colères sont trop souvent dévoyées.

Mais, passées ces premières considérations que je ne pouvais qu’approuver, voilà que tout à coup les choses se gâtent et que les lignes qui suivent viennent choquer le militant au tempérament parfois un peu vif mais à l’attachement sincère et profond à son organisation, que je crois être.

Car un congrès se prépare, et qu’à la base commune adoptée, à une faible majorité, par le Conseil national (où l’absentéisme semble devenu la règle), trois autres textes sont venus s’ajouter, témoignant des divergences qui rongent notre parti et d’un malaise qui ne cesse de s’approfondir.

On aurait pu penser que pendant la période qui précède le vote des adhérents, le CN aurait eu à cœur d’instaurer un climat serein, des règles démocratiques permettant que le choix des communistes puisse se faire dans la clarté, loin des combines, des manœuvres, des pressions, voire des menaces.

Or, lorsque Pierre Laurent, après avoir proclamé « les communistes me disent partout où je vais qu’ils veulent en même temps de l’unité et des choix clairs » conclut que « le texte de base commune adopté par le Conseil national est celui qui permet d’aboutir à ce résultat » avant d’en faire la promotion sur trois pages, je ressens (et apparemment ne suis pas le seul) cela comme une ingérence lourde dans la campagne.

Pour être clair, de nombreuses déclarations et attitudes, y compris dans le département où je milite, me laissent penser que tout sera mis en œuvre pour empêcher que la proposition 3, Pour un Manifeste du Parti communiste du XXIe siècle, puisse devenir majoritaire.

Voilà que certains dirigeants n’hésitent pas à brandir le spectre de l’éclatement du Parti si tel était le cas. Comme s’il y avait besoin de cela ! N’est-il pas évident que nous sommes une maison divisée ? Que nous avons connu, trente ans après le PCI, une évolution à l’italienne ? Mais surtout, peut-on m’expliquer en quoi la victoire du texte 3 serait plus susceptible de faire éclater le Parti que celle du texte du CN ou des philo-mélenchonistes ? Si la situation est à ce point catastrophique, chaque groupe est susceptible de ne pas accepter le résultat final. Je ressens cet argument comme une forme particulièrement vicieuse de chantage.

Je fais, au contraire, l’analyse que la plupart des camarades qui ont parrainé le texte 3 sont suffisamment politiques et constructifs pour tout faire, ce texte arrivant en tête, pour permettre que le Congrès s’en tire par le haut.

Et je fais confiance à André Chassaigne pour cela.

Quitte à en irriter plus d’un, je me refuse à entonner la vieille antienne : « Il faut éviter les questions de personnes. C’est le fond qui compte ».

Certes, camarades ! Cela a-t-il empêché par le passé de mettre en avant des militant-e-s capables de rassembler au-delà de notre électorat ? Où est-il écrit qu’entre deux camarades également capables et dévoué-e-s, on soit obligé, sous prétexte que les questions de personnes ne doivent pas être posées chez les communistes, de ne pas choisir celle ou celui susceptible de réaliser le meilleur résultat ?

Il y a une certaine hypocrisie dans tout cela. Et, j’ai eu maintes fois l’occasion, et tout récemment à la Fête de l’Huma, d’entendre d’autres camarades tenir le même langage que moi à ce sujet.

Alors, oui, je le dis tout net. Dans mon choix du texte 3, Pour un Manifeste du Parti communiste du XXIe siècle, dont je partage l’essentiel, entre aussi une part de confiance humaine.

Je suis peut-être un incorrigible naïf, mais j’apprécie lorsque je peux me retrouver ET dans les propositions et propos énoncés par un de nos représentants ET dans sa personne, son comportement, sa manière de faire de la politique.

Je ne regarde plus la télévision. Parfois cependant, ma femme m’appelle alors qu’elle regarde la Chaîne parlementaire. Il y a là Yan Brossat, ou Sébastien Jumel, ou un autre de nos députés ou sénateurs. Et, parfois, André Chassaigne. Tous montrent de grandes qualités, savent rester fermes sans agressivité inutile, évitent avec habileté de tomber dans les pièges qui leur sont tendus. Et le président du groupe des députés communistes, Chassaigne lui-même, donne une idée que ce que peut et doit être un élu communiste, qui nous fait honneur à tous.

Pour autant, les qualités d’orateur, d’élocution, la rigueur d’une argumentation ne font pas tout, si la sincérité de l’action n’accompagne pas celle du discours.

Mais il se trouve que j’ai vu André Chassaigne à l’œuvre, ici, dans le Vaucluse.

C’était il y a 6 ans, en 2012. Les travailleurs de Continental Nutrition, une usine d’aliments pour animaux située à Vedène, occupaient, à l’appel de la CGT et de la CGC, leur entreprise condamnée par les dirigeants du groupe. Notre section Oswald Calvetti était à leurs côtés. Un parlementaire également, qui n’était pas du Vaucluse, mais du Puy-de-Dôme. Qui s’était rendu sur place, à plusieurs reprises, qui avait tenu meeting dans l’usine, qui s’était fait le champion de la cause des Continental Nutrition à l’Assemblée nationale, qui, inlassablement avait ajouté pièce sur pièce au dossier et s’était fait le porte-parole des travailleurs.

Est-il besoin de rappeler son nom ?