Notre parti a besoin d’un nouveau cap politique.

Intervention au Conseil national du PCF de Igor Zamichiei (13.10.2018)

jeudi 18 octobre

Le résultat du vote pour le choix de notre base commune est un événement.

Un événement qui trouve de l’écho à l’intérieur mais aussi l’extérieur du parti. Des camarades, des syndicalistes qui s’étaient éloignés du parti regardent à nouveau de notre côté, alors même que notre débat se poursuit. Cessons donc les caricatures, comme celle que je viens encore d’entendre, affirmant que les soutiens de ce texte sont déconnectés de la société. Laurent Brun, secrétaire général de la CGT cheminots, Pascal Joly que je vois ici et qui a eu de hautes responsabilités dans la CGT, tous deux soutiens du texte, ne seraient donc pas ancrés dans la société, dans le monde du travail ? Soyons sérieux.

Prenons-nous suffisamment la mesure de l’événement qui vient de se produire dans le parti ? Combien de signaux non entendus comme le vote à 51 % du texte adopté par le conseil national au dernier congrès ou encore la division provoquée par notre présidentiel ? Allons-nous continuer comme avant ?

Et faisons attention à la façon dont on se qualifie dans notre débat. Nous sommes tous communistes. Dire que les camarades qui ont soutenu le texte du manifeste sont identitaires est non seulement faux mais, depuis que ce texte est notre base commune, une telle qualification dégrade l’image du PCF.

Bien sûr, cette base commune ne détient pas toutes les clés de la relance de notre parti, mais elle représente un espoir !

L’espoir d’un parti qui affirme son originalité communiste, non pour lui-même, mais parce que cette originalité est une clé pour la compréhension du capitalisme et pour son dépassement.

L’espoir d’un parti qui ne décrète pas le rassemblement, mais qui cherche à le construire à partir d’un niveau de conscience de classe et d’un rapport de force donné pour le faire évoluer.

L’espoir d’un parti où les femmes, les jeunes, les travailleurs.euses, les catégories populaires se retrouvent parce que notre parti se met au service de leurs modes d’engagement.

C’est de ce parti dont nous avons besoin pour combattre la montée identitaire qui chaque jour s’accélère comme on le voit au Brésil et pour affronter la prochaine crise financière dont les signes se multiplient. En 2007-2008 lors de la précédente crise, une brèche s’était ouverte pour notre projet communiste, qu’en avons-nous fait ? C’est de ce parti aussi dont nous avons besoin pour réhabiliter les enjeux de classes et unir les travailleurs et les forces de gauche.

Je crois que notre réunion de ce week-end est un peu à la croisée des chemins. Comment avancer concrètement ? Il y a, me semble t-il, deux exigences :
1) Premièrement ne repartons pas de zéro sans tenir compte du vote des communistes en cherchant une synthèse molle au sommet entre dirigeants. Nous avons une base commune et un processus démocratique que nous devons respecter : tous les communistes vont maintenant tenir des congrès de sections et de fédérations pour discuter ce texte, l’amender, l’enrichir autant qu’il doit l’être. Créons les conditions de la participation du maximum de camarades à ces réunions. Et plaçons le travail de la commission du texte au service de ce processus démocratique et non pour le chapeauter.

2) Deuxièmement, ne tentons pas à l’inverse de nous compter jusqu’au bout dans un esprit de revanche. Poussons le débat entre-nous sur les immenses défis posés à notre parti, Pierre en a cité plusieurs. Pour ma part, je pense que nous devrions débattre du projet et des initiatives qui permettront de créer les conditions de l’unité de la classe exploitée telle qu’elle est aujourd’hui dans sa diversité. Autre question décisive pour moi et que j’ai pris le temps de développer dans une contribution au congrès : la construction de mouvement populaires, non plus seulement de résistance, mais de nouvelles luttes offensives, positives à toutes les échelles, nationale, européenne et mondiale. La question d’une alternative majoritaire à Macron nous est effectivement posée, mais si nous faisons comme d’habitude par une offre politique de sommet, ce sera un échec !

J’ai la conviction que si nous respectons le vote des communistes et si nous affrontons avec créativité de tels défis, nous pourrons enrichir la position de la base commune pour construire une orientation très majoritaire dans le parti.

Ce sera décisif mais cela ne suffira pas pour réussir notre congrès extraordinaire.

Nous pouvons avoir le meilleur texte possible, si nous ne changeons pas le fonctionnement et la composition de nos directions pour mettre en œuvre les orientations décidées, alors nous échouerons.

Nous devons comprendre les obstacles réels que nous rencontrons et interroger l’efficacité de nos gestes militants et de nos processus de décisions pour atteindre nos objectifs de transformations du PCF. Nous avons besoin d’écouter beaucoup plus le parti, prendre appui sur la richesse de notre corps militant, et nous devons échanger beaucoup plus avec les adhérents, entre dirigeants, entre secrétaires fédéraux et de sections sur nos actions concrètes et leur portée. C’est comme cela je crois que nous progresserons et construirons un parti cimenté par la volonté de faire et non plus seulement de dire.

Enfin, je vous le dis comme je le pense, alors que nous ne sommes plus qu’à six semaines de notre congrès, chacun de nos choix sera décisif pour l’unité du parti.

Au point où nous en sommes, d’ici au congrès national, nous aurons tous des pas à faire les uns envers les autres avec pour boussole ce que les communistes de toute la France expriment dans notre débat. Chacun doit prendre ses responsabilités, c’est la condition pour aboutir à une seule liste au Congrès.

Notre parti a besoin d’un nouveau cap politique. Pas pour les six prochains mois ou pour la prochaine année. Mais pour la décennie à venir. Une réorientation et une nouvelle direction collective qui crée une dynamique sans précédent dans le parti et dans la société. Pour ma part, je continuerai à y consacrer toute mon énergie en visant le rassemblement des communistes autour d’un ambition politique qui fixe un nouvel horizon à notre combat.

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