Conseil national du 6 septembre 2018

Intervention de Denis Durand au conseil national

jeudi 6 septembre

Tous les développements des trois derniers mois me renforcent dans la conviction que si on veut une base commune pour un congrès extraordinaire rassemblant 80 % des communistes autour de choix répondant à la gravité de la situation et autour des moyens de les mettre en œuvre avec la participation de tout le monde, alors il faut choisir le Manifeste.

Le climat d’anxiété qui pèse sur les esprits en cette rentrée est lié aux manifestations de la crise de la mondialisation capitaliste et libérale : perception des urgences du changement climatique, scandale de l’Europe-forteresse contre les migrants, attente du prochain krach dont la survenance inévitable fait l’objet d’un quasi-consensus chez les économistes et chez les financiers, angoisse devant la montée des nationalismes et de l’autoritarisme chez Trump mais aussi de ce côté-ci de l’Atlantique, jusque dans la politique de Macron.
Cette anxiété est d’autant plus grande qu’elle s’accompagne d’un sentiment d’impuissance de la politique. « Je ne voterai plus », c’est ce qu’on entend dire de plus en plus souvent.
Mis en difficulté par les péripéties qui émaillent l’actualité depuis le début de l’été mais, plus profondément, par la sourde résistance de la société française à sa politique, Macron n’en poursuit pas moins son œuvre de normalisation du pays selon les exigences du capital financier : prélèvement à la source, loi PACTE, banalisation de la Caisse des Dépôts et de la Banque postale, réforme des retraites…
Il peut se le permettre parce que l’opposition est totalement inefficace face à ses entreprises. Notre propre effacement y a sa part.
Redonner confiance à notre peuple dans sa capacité à se rassembler pour conjurer la catastrophe ne sera possible que si nous nous ressaisissons pour montrer où est l’adversaire et comment on peut le combattre.
L’adversaire, c’est le capital. C’est l’obsession de la rentabilité dans la gestion des ressources naturelles qui a rendu dérisoires les prétentions d’un Hulot à affronter l’urgence écologique dans un gouvernement voué aux intérêts de la finance. C’est la mondialisation capitaliste qui instaure la mobilité universelle des capitaux mais prétend interdire la mobilité des êtres humains quand elle ne sert pas la rentabilité financière. C’est l’usage que les banques centrales ont fait depuis dix ans de leur pouvoir de création monétaire pour sauver le système financier – inonder les marchés de liquidités – qui rend aujourd’hui la prochaine crise encore plus dangereuse que la précédente. C’est la construction monétaire européenne actuelle, au service des marchés financiers, qui soumet nos économies à l’hégémonie du dollar et de Wall Street.
Cela concerne les élections européennes. Avec le talent déployé par Ian Brossat qui devrait être maintenant clairement désigné comme notre tête de liste, nous avons les moyens de montrer comment les mobilisations sociales peuvent rendre politiquement possible une alternative radicale à la construction européenne actuelle, à partir d’objectifs de lutte immédiats.
Cela concerne le congrès.
Nous n’avons pas réussi, à notre réunion de juin, à élaborer un projet de base commune capable de rassembler les communistes dans la préparation d’un congrès vraiment extraordinaire. Nous nous sommes divisés sur le vote (49 pour sur 91 votants, c’est une majorité, pas un rassemblement) et l’accueil du texte dans le Parti est à l’avenant.
Ce qui pèche dans ce texte, c’est sa conception d’ensemble et c’est pourquoi il aurait fallu le réécrire entièrement, comme cela a été proposé, et malheureusement refusé, le 3 juin.
Il se trouve que ce travail de réécriture a finalement été fait après la réunion du Conseil national : il a donné la proposition de base commune intitulée Manifeste pour un Parti communiste du XXIe siècle. Le soutien apporté à cette proposition par un nombre inattendu de militants aux parcours politiques les plus divers est un événement. Il montre qu’il est possible de rassembler les communistes.
Ce n’est pas que ce texte soit parfait. Ce qu’il dit sur bien des points est discutable. Mais il dit des choses et une base commune est précisément faite pour être discutée.
Ce qui rassemble dans ce texte, c’est qu’il regarde la réalité en face. Il prend au sérieux la crise du capitalisme mondialisé et financiarisé : dès lors, l’actualité du communisme n’apparaît ni comme un verbiage utopique coupé du réel, ni comme un « communisme déjà là » qui s’imposerait spontanément sans rupture révolutionnaire avec le pouvoir du capital. Dans le Manifeste, dépasser le capitalisme et le libéralisme jusqu’à la construction d’une nouvelle civilisation est une exigence face aux ravages de la crise — exigence susceptible de se réaliser ou non selon l’action des êtres humains et en particulier des communistes.
Le Manifeste regarde en face la réalité de notre disqualification actuelle de la vie politique française – et la part qu’y ont prise nos choix stratégiques des décennies écoulées – pour tirer de ce bilan des leçons pratiques pour ce qui concerne nos futurs choix stratégiques. Par exemple, que la recherche de rassemblement n’implique pas que nous mettions en sourdine ce qu’il y a de révolutionnaire dans nos idées, comme si nos propositions ou notre programme étaient les mêmes que celles des forces réformistes, comme Jean-Luc Mélenchon par exemple, avec lesquelles nous souhaitons nous allier.
Le Manifeste regarde en face les divergences qui existent entre nous – et entre les signataires de cette proposition de base commune puisqu’ils sont issus de tous les secteurs et de tous les horizons du Parti – sur des sujets importants comme l’Europe. Et il montre que c’est dans l’action politique qu’on peut les dépasser, par exemple pour mettre en cause le cœur politique de la construction européenne depuis Maastricht, la BCE prétendue indépendante et son action au service du capital.
Le Manifeste donne envie de se battre, de militer au PCF. Tous les développements des trois derniers mois me renforcent dans la conviction que si on veut une base commune pour un congrès extraordinaire rassemblant 80 % des communistes autour de choix répondant à la gravité de la situation et autour des moyens de les mettre en œuvre avec la participation de tout le monde, alors il faut choisir le Manifeste.
Au stade où nous en sommes, la meilleure chose à faire est de permettre aux communistes de faire leur choix sereinement, en toute connaissance de cause, à commencer par la connaissance – à cette heure très insuffisante – des différents textes en présence.
En revanche, toute tentative de faire passer à tout prix le texte voté au CN de juin avec des arguments d’autorité, des stigmatisations ou des procès d’intention représenterait une sérieuse prise de risques pour l’unité du Parti.

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