Contribution de Sarah Misslin – secrétaire de section d’Ivry sur Seine – Membre du Conseil National

lundi 1er octobre

Ce congrès extraordinaire, dont le processus de vote a lieu dans quelques jours, nous plonge dans une contradiction illusoire mais dont les effets sont réels, qui est exacerbée ces dernières semaines.

Contradiction illusoire, dans l’opposition qui semblerait se jouer entre parler du parti et de l’ensemble des modifications et changements indispensables. Tout en faisant face aux attaques néo-libérales, capitalistes et sociétales sans précédent.

En effet, nous sommes face à multitudes d’enjeux, internes et externes.

Interne, dans un premier temps, puisqu’il s’agit du congrès extraordinaire du Parti Communiste Français, et que le sujet est donc bien d’avoir les débats sur son fonctionnement pour le rendre plus efficace dans les luttes.

Externe, évidemment, puisque le but de notre parti, depuis sa création a été de défendre l’ensemble de la société, pour dépasser le capitalisme et le remplacer par une société communiste, riche de partage, d’actions pour le bien commun et l’épanouissement de chacun.

La convocation d’un Congrès Extraordinaire a été faite suite aux résultats catastrophiques que nous avons eus aux élections législatives. Le bilan, réclamé par l’ensemble des communistes est inexistant du texte voté par le Conseil National. Nous avons besoin d’analyser comment les périodes électorales passées ont contribué à affaiblir le parti. La stratégie politique, qui depuis de nombreuses années se résume à une stratégie électorale, de rassemblement pour le rassemblement, en se battant insuffisamment sur les contenus, a conduit à un affaiblissement du parti et de ses idées, avec pour point culminant, nos résultats aux dernières élections législatives.

En particulier dans le cadre d’un régime de Vème République, aggravé par l’inversion du calendrier, la présence d’un-e candidat-e communiste dans l’élection majeure, les présidentielles, est indispensable. Traumatisez par les 1,93%, il faut arrêter de jouer l’échec à chaque fois, ce serait reconnaître notre affaiblissement définitif.

J’ai lu avec attention l’ensemble des textes alternatifs. Aucun ne saurait en l’état, répondre aux exigences de la situation, de mon point de vue. Je les ai lus pour ce qu’ils sont, une proposition de base de travail, amendable, discutable, modifiable. Aucun débat n’est exclu, quel que soit le texte qui arrivera en tête.

Nous devrons essayer et réussir, quel que soit le texte qui arrivera en tête du vote, à nous asseoir tous autour d’une table pour contribuer à la réflexion sur notre parti et à en faire un appui de propositions et de luttes, et un outil pour les producteurs de richesses dépossédés par une minorité avide de profits, un vrai parti de lutte de classe. Un parti de lutte de classe conquérant et en même temps défendant pied à pied l’ensemble de la population, précarisée, discriminée, menacée de notre pays et du monde.

Beaucoup de points sont convergents dans les textes. Le rappel au Marxisme et à son actualité dans l’analyse de la société. Par exemple, Marx avait en plus d’avoir mis à jour le processus de l’exploitation capitaliste, commencé à entrevoir le rôle des banques et de la financiarisation du capital, ce qui était pour l’époque, une découverte prémonitoire. C’est dire à quel point nous devons nous appuyer sur l’ensemble de ses écrits.

Plusieurs manques également. La lutte contre le racisme, l’égalité femme-homme, les solidarités concrètes, l’étude et l’analyse des tentatives d’alternatives en France et dans le monde mais aussi, le fatalisme pesant sur l’ensemble des habitant-e-s de cette planète. Cette liste non exhaustive n’est pas ou trop peu développée de mon point de vue.

Comment passons-nous à côté, dans l’ensemble des travaux produits, de ce qu’il se passe dans les ZAD, les coopératives, les créations de circuits courts et toutes les autres tentatives.

Comment passons-nous à côté de l’individualisme, qui à force d’être imposé par le capitalisme est devenu un souhait autant qu’une défense chez beaucoup de personnes ?

Comment répondons-nous au fatalisme, alimenté par l’absence de proposition politique alternative, et comment nous en contentons-nous, comme s’il nous avait touché aussi ?

Comment pouvons-nous si peu parler, défendre, alimenter, le débat sur les élections européennes ? Comment est-ce possible que Ian Brossat n’ai pas pu prendre la parole sur la grande scène de la Fête de l’Humanité ? Nous sommes passés, volontairement, à côté du plus grand meeting politique qu’il aurait pu faire. Je tiens à saluer ici son courage, sa détermination, son volontarisme et je lui fais part de mon soutien plein et entier dans cette campagne.

L’écologie, est bien une valeur communiste : conscient-e-s de la nécessité que cesse la destruction de la planète par les forces du capital, ce point convergent dans nos luttes doit être transverse et permanent dans l’ensemble de nos actions.

Un constat, que j’ai lu plusieurs fois, et dernièrement dans la contribution d’Igor Zamichiei, si nous voulons rassembler, il nous faut exister.

Car, si dans la réflexion, la nécessité d’un combat communiste apparait comme essentiel dans l’ensemble des textes, et c’est bien pour cela que nous sommes dans le même parti, la réflexion stratégique diverge en de nombreux points.

Nous devons peser dans le débat politique quotidien. Nous devons exister au niveau national aussi bien qu’au niveau local, en tant que Parti Communiste Français. Nous devons oser mettre en avant nos propositions, engagements, luttes, en tant que Parti Communiste Français.

Rien ne doit nous empêcher de nous rassembler avec d’autres formations politiques pour que le rapport de force soit plus important, pour changer la société, améliorer la vie des gens et dépasser le capitalisme. Ne perdons pas de vue l’essentiel de notre combat, sortons des affects et des postures.

Si nous nourrissons l’envie de rassembler, conscients que ça n’est qu’ensemble que nous y arriverons, nourrissons l’envie d’exister et donnons-nous en les moyens, réellement.

Quand Christian Favier, président communiste du département du Val de Marne, est aux côtés de Patrick Devedjian, président LR des Hauts de Seine, dans le combat de défense des départements, personne ne crie au scandale. La stratégie est claire, créer un rapport de force suffisamment important avec l’Etat pour le maintien des départements de la région Ile de France.

De la fusion nait l’effacement. Nous avons un immense combat à mener, celui de battre le capitalisme. Nous avons, depuis notre création, au cœur et aux tripes de combattre les injustices. Nous ne pouvons pas supporter la misère, la précarité, la pauvreté, mais aussi le manque d’accès à la culture, le chômage, le racisme, le sexisme, etc... Nous avons des propositions, des forces nombreuses pour les soutenir, à nous de savoir les mettre en fonctionnement pour rayonner de nouveau, dans un monde où tout change en permanence.

Créons un imaginaire où les gens pourraient commencer à penser qu’une société égalitaire serait mieux que la loi de la jungle. Notre objectif n’est pas de faire une société égalitaire de « pauvre », mais bien de répartir les richesses de façon à ce qu’il n’y ait plus de pauvreté. Anticapitaliste n’est pas communiste. Nous devons être la force motrice et le lien de travail avec toutes celles et tous ceux qui veulent changer la matrice capitaliste.

Il ne s’agit pas d’être identitaire, has been, ou vieux jeu, il s’agit, pour moi, d’être un repère dans les luttes, un repère pour la population. Dans ce monde, où un homme politique peut défendre la lutte contre l’évasion fiscale et être lui-même professionnel dans ce domaine, la morale en politique est pour moi fondamentale. Ne soyons pas des girouettes, qui se laisseraient guider par le vent. Mais ne soyons pas arrêtés par des querelles de chapelle, sachons peser dans les rapports de forces pour faire reculer le libéralisme.

Maintenons un cap, d’engagement communiste, d’écoute de la société tout en étant conscients que la vox populi ne peut être de bon conseil.

Remettons en place les cellules, qui ont fait la force de notre maillage national et qui aujourd’hui s’étiolent et ont même disparu de nos statuts. C’est le cœur de notre parti, chacun-e étant à l’écoute de ses voisins, ses collègues, sa famille. Toutes les réflexions peuvent et doivent nourrir notre parti.

La formation est fondamentale, elle doit se repenser, pour s’adapter aux obligations de la vie de chacun-e, mais elle doit être dans nos priorités. Que seraient l’ensemble des dirigeants communistes sans la formation, les écoles du Parti ? Comment pouvons-nous prétendre vouloir être le parti des créateurs de richesse, des précaires, des exploités, si nous ne sommes pas en mesure de donner une grille de lecture au monde actuel ?

Le « monde du travail », ne doit pas mériter ni de vœu pieu, ni de généralités. Eclaté, divisé, ubérisé, les multitudes de façons d’avoir un « salaire », doivent en permanence nous appeler à la réflexion collective sur les meilleurs moyens de toucher l’ensemble des individus. Des usines au « Deliveroo », les méthodes de communication ne peuvent être les mêmes, nous devons nous adapter. Des cellules d’entreprise à l’isolement de milliers de camarades dans leur travail, les réalités sont extrêmement variées, là encore, à nous de réfléchir collectivement au développement et à l’accompagnement.

Pour être tout à fait transparente dans le débat, je fais partie de la commission nationale du texte, j’ai assisté à toutes les réunions, y compris celles qui se sont finies tard dans la nuit et j’ai voté contre ce texte lors du vote au CN.

Nous l’avons toutes et tous compris, les enjeux de ce Congrès Extraordinaire, sont importants. Nous devrons toutes et tous faire preuve d’écoute, de travail en commun et de bienveillance.

Dans les 4 textes qui nous sont proposés, j’ai choisi celui pour lequel je voterai comme base de travail. Celui avec lequel j’ai des divergences, celui qui mérite beaucoup de travail, mais celui qui, comme base de départ est, pour moi, le plus adapté. Je voterai « Pour un manifeste du Parti Communiste du XXIème siècle ».

En revanche, je souhaite pouvoir garder à l’esprit les autres textes, travail de nombreux-ses communistes et sur lequel nous pourrons nous appuyer pour enrichir le futur texte de base commune de notre Congrès, tant il y a, malgré tout, de convergence.

Quel que soit le texte qui arrivera en tête lors du vote de cette semaine, je resterai dans le débat, dans l’envie de construire et de faire, avec l’ensemble de mes camarades, pour faire de notre parti le parti de luttes et de combats dont nous avons besoin. 

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