Contribution d’Yves Dimicoli, fédération de Paris, section du 9ème arrondissement

Ce texte reprend, pour l’essentiel, une intervention en Assemblée Générale des communistes de la fédération de Paris, le 27 mai 2018, en présence de Pierre Laurent.

lundi 1er octobre

Je regrette la polarisation récente du débat de congrès en faveur du texte n°1 « Le communisme est la question du XXIème siècle ». Je ne dénie pas à Pierre le droit d’exprimer son opinion, mais pourquoi s’évertuer à la marteler jusque dans le foyer de chaque communiste et par tous les canaux d’information ainsi monopolisés ?
N’ayons pas peur du débat d’idées ! Il est nécessaire pour sortir de nos difficultés si, en même temps, comme le propose le texte n°3 « Pour un manifeste du Parti communiste du XXIe siècle » , on cherche à développer une unité d’action créative des communistes avec des propositions transformatrices, ouvertes certes à l’apport des autres avec de nécessaires évaluations, mais jamais refoulées comme cela a été le cas jusqu’ici, au nom prétendu du « rassemblement ».
Le texte n°1 est construit par thèses, ce qui permet d’éviter le besoin de cohérence et de démonstration. C’est une liste de vœux sans orientation claire ni engagements précis d’ensemble, et, bien sûr, sans bilan, alors qu’il y a la catastrophe politique de 2017 et ce contexte de crise systémique aiguë du capitalisme avec un durcissement des tentatives de réponses capitalistes, mais aussi des opportunités historiques pour commencer de dépasser.
Pierre, ton interview dans l’Huma du27/09 m’a intéressé et étonné. Il titre « Notre parti doit redevenir celui de tous les exploités et dominés ». OK, mais n’est-ce pas l’aveu que, pour l’heure, on a échoué. Alors pourquoi ne pas accepter de faire un bilan sérieux de ce qui nous a fait échouer, comme l’énonce le texte n°3 ? De même, tu dis « quand je suis devenu secrétaire national (il y a 8 ans) c’est avec l’ambition de refaire du parti communiste une force majeure ». Je n’en doute pas et d’ailleurs, comme tu le sais, j’y ai cru. Mais, au bout de ces huit années, les résultats obtenus sont si contradictoires avec cette ambition que l’on se dit que le problème ne vient pas du communiste Pierre Laurent, mais des orientations choisies et de la façon dont elles ont été mises en œuvre.
Il faut absolument en changer, au lieu de suggérer, comme le texte n°1, qu’il suffirait de continuer la démarche qui nous a conduit à la catastrophe mais en essayant de faire mieux. C’est indispensable et il y a des opportunités a saisir pour le faire. J’en vois au moins deux :
1 – Le manque de moyens financiers , devenu criant pour tout le monde, pour les services publics, la Sécu, le pouvoir d’achat, la sécurisation de l’emploi et de la formation, l’environnement... cela devrait nous inciter à mener une campagne tenace, à tout casser, sur le coût du capital, l’utilisation de l’argent de l’État, des entreprises et des banques en encourageant les salariés, les citoyens à prendre en main cette question, cruciale pour le capitalisme, en exigeant des pouvoirs précis d’intervention et de contrôle à tous les niveaux. Et cela en en faisant une question de système, une question politique et révolutionnaire Il faut que tout cet argent serve à répondre aux attentes sociales et sociétales et non gaver la finance et les marchands de canons. Mais il n’y a rien là-dessus dans le texte n°1, si ce n’est quelques vagues intentions.
2 – Les enjeux européens et mondiaux : Là-dessus c’est le silence dans l’interview de Pierre à l’Huma ou l’indigence dans le texte n°1. Je ne mets pas en cause ici la qualité du travail produit par le secteur concerné, mais les choix politiques ayant présidé à la rédaction de ce texte sur ces sujets brûlants. La bataille contre la BCE, pour une autre politique monétaire commune avec, par exemple, le financement par la « planche à billets » d’un Fonds européen sous contrôles nationaux et démocratique pour financer un très grand essor des services publics en Europe, y compris face aux enjeux écologiques et migratoires, pourrait être le cœur battant d’une riposte communiste face à la tentative d’enfermer le débat entre nationalistes et européens.
On ne pourra pas changer le monde sans changer l’Europe. Et ce n’est pas parce que le texte n°3 affirme qu’il faudra refonder celle-ci et la rapprocher des pays émergents pour lutter contre le dominateur commun, les États-Unis et le dollar, qu’il faut nous faire le stupide procès que nous serions prêts à travailler avec Erdogan et Poutine ! Les camarades qui le prétendent confondent les peuples avec leur État et ceux qui le pilotent. Tous ces communistes français qui sont allés se battre en Espagne au côté des Républicains contre les phalanges fascistes de 1936 à 1939 ne faisaient pas, eux, la confusion entre le peuple espagnol et Franco.
Je suis préoccupé, Pierre, par ton silence dans l’Huma sur les élections européennes, alors que notre camarade Ian Brossat a si bien réussi son entrée en lice comme chef de file. Pourquoi ce silence ? Veut-on refaire le scénario de 2017 avec, in fine, au nom du rassemblement, le ralliement- effacement de notre parti derrière une tête de liste qui étoufferait et même contredirait nos propositions ?
Cessons de douter et de faire douter de nous-mêmes. Un ressaisissement est possible si on a le courage de porter de façon créative nos idées en toute circonstance. Le Manifeste, qui n’est pas parfait, a été élaboré par des communistes de sensibilités diverses, ce qu’ils assument totalement sans chercher à le cacher. Et cela parce qu’ils se réunissent sur l’essentiel : en finir avec l’effacement du PCF et, pour cela, construire une unité nouvelle des communistes dans l’action contre le capital et toutes les dominations autour de grands axes susceptibles, à partir des luttes, d’ouvrir les voies d’une alternative politique doublement éclairée :
- par la recherche tenace d’une unité populaire agissante transformatrice mettant au défi de faire se révolutionner la gauche ;
- par la visée historique d’une nouvelle civilisation, dépassant celle moribonde du capitalisme et du libéralisme, le Communisme qui n’a jamais existé nulle part et qu’il est désormais possible et nécessaire de construire.

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