Contribution d’Amar Bellal (Ille-et-Vilaine, membre du Conseil national)

Un congrès extraordinaire pour trois raisons, et pourquoi je voterai pour le texte du « Manifeste »

dimanche 23 septembre

Le 38 eme congrès du PCF est un événement extraordinaire et je vois trois raisons à cela :
Première raison : Une proposition de texte votée au CN dont l’adhésion est historiquement faible
Un des texte proposé pour devenir la base commune, celui voté par le CN, a recueilli une très faible adhésion, et ce fait, à lui seul, interpelle, interroge, et constitue déjà un événement en soi. Précisons que l’idée de l’élaboration d’un tel texte proposé aux communiste, prévue dans les statuts, est de parvenir à un premier texte qui mette d’accord le maximum de communistes, et le fait qu’il soit élaboré par le collectif large de dirigeants que constitue le CN, devrait normalement aboutir à ce résultat (préparation en amont, commission de texte qui se réunit, discussions et échanges etc.). Dans les derniers congrès, quand le processus se déroulait correctement, conformément aux statuts donc, on aboutissait à un vote positif d’environ ¾ de la direction. Ici cela n’a pas été le cas, à un point qu’on peut dire que ce texte n’est pas vraiment celui proposé par la direction du PCF, mais par une une partie seulement. Que s’est il passé pour arriver à ce premier « accident industriel » qui rend déjà ce congrès décidément à part. Pour l’avoir vécu, ce processus normal d’écriture collective ne s’est pas déroulé correctement, ou pour le dire plus clairement : le travail du collectif de direction pour rassembler les communistes n’a pas été fait. Aussi les propositions de réécriture du texte, de délais supplémentaire pour retravailler le texte, réclamées par de nombreux camarades, ont été rejetées lors des séances du CN, à un tel point que certains ont parlé de passage en force et d’obstination. On peut toujours rétorquer qu’il y a eu une majorité à voter ce texte, mais c’est une majorité historiquement faible pour un texte de ce type, une sorte de victoire à la « Pyrrhus »...
Deuxième raison : L’irruption du « Manifeste »
L’autre événement majeur, c’est l’irruption du texte dit du « Manifeste », texte alternatif que de nombreux dirigeants, membres du CN, secrétaires fédéraux, élus, militants du monde du travail, intellectuels, se sont résolus à écrire suite à la situation décrite plus haut, en se saisissant de cette possibilité prévue par les statuts du parti. Le profil des initiateurs et soutiens de ce texte interpelle, car c’est pour la plupart d’entre eux la première fois qu’ils sont dans une telle démarche, c’est souvent la première chose qu’ils disent d’ailleurs. Qu’il y ait des textes alternatifs dans un congrès, ce n’est pas nouveau. Mais qu’un de ces textes recueille autant de soutiens en rassemblant largement des camarades de tout horizon, c’est un fait politique nouveau et majeur. On peut dire que presque personne ne s’attendait à une telle vague de soutiens. Cela est dû au fait que le texte propose une orientation, met en débat nos choix stratégiques de ces dernières années, et prend au sérieux le mot « extraordinaire » qu’il y a dans « congrès extraordinaire »... Il remporte l’adhésion dans l’exercice d’un « test à l’aveugle » chez les camarades, c’est a dire en faisant lire l’ensemble des textes, sans dire qui en est l’auteur (donc sans jouer sur une forme de réflexe « légitimiste » présent chez beaucoup d’entre nous). En effet le texte proposé par une partie du CN, à contrario, n’est pas un texte de congrès extraordinaire, c’est, à peu de chose près, le texte du dernier congrès en mieux écrit et plus concis (et avec une qualité littéraire indéniable en plus). Mais il ne prend pas vraiment la mesure de la gravité dans laquelle se trouve le parti, et de l’exigence de débat politique à un haut niveau qu’il suppose. Il propose, comme cela a été dit « de continuer de faire en mieux ce qu’on faisait déjà avant ».
Mais le succès et l’adhésion du Manifeste, vient aussi du fait qu’il s’ancre dans le réel, dans la réalité des luttes, des batailles et aspirations du monde du travail. Il affirme que le communisme sera le résultat d’un combat politique à mener, et non d’un « déjà là » comme on l’entend souvent, forme de « spontanéisme » et qui est une façon paresseuse et commode de dire que finalement l’action des communistes, le rôle politique du PCF en tant qu’organisation politique, est secondaire, tout au plus accompagnatrice. Et il y a une raison profonde à cela : le texte du manifeste a été conçu par des camarades qui sont en prise avec les réalité économiques de leurs territoires, des usines qui ferment, le chômage de masse qui règnent dans de larges parties de la province et dans beaucoup de villes moyennes. Ils ne peuvent pas se « payer de mots », et ces enjeux traversent naturellement tout le texte : emplois, industrie, chômage, finance etc ... Et c’est aussi pour cela qu’on y retrouve parmi de nombreux soutiens, des acteurs du monde du travail de premier plan.
Troisième raison : un affaiblissement historique de la gauche
Le lancement de « Mélenchon » est globalement une très mauvaise affaire pour la gauche et l’ensemble des force de progrès de ce pays, qui connaît un affaiblissement historique. La situation n ’est même pas comparable à la situation catastrophique qui a découlé des législatives de 1993, car c’était ponctuel. Ici, on a un affaiblissement durable et structurelle, avec un total de la droite, du MNR à LREM qui atteint des sommets. La stratégie ou plutôt le « pari » du PCF de soutenir Melenchon en pensant que la gauche s’en sortirait renforcée est un échec total. Y compris la CGT est maintenant attaquée par JLM et la FI en gênant cette organisation à mener et rassembler le monde du travail dans des combats difficiles (les rendez-vous concurrents proposés par la FI, la multiplication de mots d’ordre et d’objectifs, divisant la mobilisation sociale lors de la loi travail ou le mouvement des cheminots). Nous avons contribué à lancer un personnage qui annihile toute perspective majoritaire à gauche, et en cela on est hors de notre feuille de route traditionnelle des objectifs du PCF, celle qui consiste à défendre les intérêts des salariés. Et il y a d’ailleurs un vrai jeu de ping-pong entre Macron et JLM, les deux étant très satisfaits de leurs rôle et place respectives. Macron n’a t il pas qualifié JLM de « meilleur opposant qu’il puisse avoir » ? On peut le comprendre, et la rencontre dernièrement dans les rues de Marseille confirme une certaine connivence entre ces deux personnages. Cette situation d’une gravité exceptionnelle pour la gauche fait aussi qu’on est à un moment particulier de l’histoire du PCF et que ce congrès ne peut être qu’ « extraordinaire ».

Le texte du « manifeste » n’ est évidemment pas parfait, et personne ne le dit, loin de là.
Le manifeste a d’ailleurs été écrit dans délais très court, car c’est une démarche décidée après l’échec de voir un texte proposé par le CN qui puisse rassembler. Mais il constitue néanmoins le texte qui peut le mieux prétendre être la base commune de discussion pour le 38ème congrès du PCF, et après amendements, discussions, rassembler le plus largement les communistes. Il part vraiment du réel, et évite la plupart des écueils que je rencontre souvent au parti notamment sur les illusions technologiques et le défaut de culture industrielle, que j’ai décrits dans un texte que de nombreux camarades ont apprécié, interpellant au delà de la sphère communiste (lien : https://environnement-energie.org/2018/06/01/pour-une-veritable-culture-industrielle-rompre-avec-linfantilisme-technologique/) . La question écologique est aussi bien abordée, prenant en compte par exemple les défis démographiques et les besoins que cela engendrera au niveau mondial et en accord avec un texte que j’avais écrit sur le sujet concernant le « jour du dépassement ».(lien : https://environnement-energie.org/2018/08/01/et-si-on-depassait-le-jour-du-depassement/)
Pour moi, ce texte est le plus à même de remettre notre parti en état de marche, pour être au service des salariés de ce pays, en existant, par ses proposition originales, et ainsi jouer pleinement son rôle de rassemblement de la gauche, et non pas seulement en spectateur et subissant les situations.

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